Des algorithmes pour partager les successions

Un site pour calculer les quotes-parts des héritiers
Deux informaticiens lancent mirath.ma
Les adouls cible prioritaire pour ces éditeurs de logiciels

Mirath.ma peut avoir une résonnance «funèbre»! Mais ce site dédié uniquement au partage des successions «peut rendre de grands services à des ayants droit ou des adouls qui peinent à liquider un héritage (voir ci-dessous)», assurent ses concepteurs, Saad Rouiffi et Hassane Tlemsani.

Tout démarre par un gros dossier successoral qui va circuler pendant de longues années entre une bonne dizaine d’adouls. Un premier décès en 1926 est à l’origine de l’affaire. L’héritage du défunt ne sera pas liquidé pour autant. S’ensuit, à temps intervalle, la mort successive de 53 ayants droit. Le temps s’écoule encore et encore jusqu’à ce que ce dossier insoluble atterrisse chez un adoul à Marrakech début des années 2000.

Les deux informaticiens se passionnent pour l’affaire. Ils vont devoir d’abord plonger corps et âme dans le droit musulman avant de lancer leur société éditrice de logiciels et d’intégration de solutions. «Il a fallu d’abord déterrer la matière en lisant une vingtaine d’ouvrages. Les successions ont un fond scientifique insoupçonné.

Le calcul des droits successoraux en quotes-parts devient infernal pour un adoul qui a un dossier avec plusieurs décès et des legs de différentes natures éventuellement», déclare Hassane Tlemsani, polytechnicien de formation. De cette exploration scientifique naîtra dans un premier temps un logiciel: «Il a fallu 30 jours à l’adoul marrakchi pour liquider la succession. Le temps de saisir les données de tous les héritiers», rapporte le businessman Saad Rouiffi. Avant sa commercialisation, la version initiale du  logiciel «a été validée par le ministère de la Justice en 2004 et a fait l’objet auparavant d’une présentation à l’Institut supérieur de la magistrature de Rabat», précise Hassane Tlemsani.

Les adouls les ont «largement épaulés» pour mettre sur pied ce projet. Abdessalam Bouraini a joué un rôle-clé. Il était à l’époque président de l’Instance nationale des adouls du Maroc. «J’ai introduit le projet auprès du ministère de la Justice. Il a été séduit et a créé ainsi une commission scientifique présidée par le juge Belmahjoub Bentaleb. J’étais l’un des membres de cette commission. Le logiciel sera par la suite présenté au Souverain», témoigne l’ancien président de la corporation des adouls. Mohamed Bennani, l’ex-DG d’IBM Maroc, s’était notamment chargé de le faire auprès du palais.

C’est un certain Akellal (fondateur de Microstar) qui était au début partenaire du projet. «Il était chargé de distribuer le logiciel sauf que sa société a fait faillite en 2012», raconte Hassane Tlemsani. Le projet présenté au Souverain «était encore à son état embryonnaire. Raison pour laquelle personne n’en entendra parler par la suite», insiste l’informaticien Saad Rouiffi qui «reprend» officiellement l’affaire en main à partir de 2013. De l’eau est passée sous les ponts depuis. Ils sont à ce jour 1.000 adouls sur 3.000(1) à être équipés de ce logiciel pour 2.500 DH l’unité. «Le prix du produit est dérisoire par rapport au service rendu. Trois opérations suffisent à un adoul pour amortir son investissement.

Or la distribution et la maintenance du logiciel ont un coût. Décision donc a été prise de basculer vers une version web qui donnera lieu au site mirath.ma, plus facilement utilisable», déclarent les deux associés. Ce site est dédié exclusivement au partage et à la liquidation des successions. Ses opérations mathématiques complexes se basent sur les règles du rite Malékite applicables au Maroc. Quant aux adouls détenteurs du logiciel initial, ils seront obligés de basculer vers la version web.

(1) Il y a 3.000 adouls, selon le ministère de la Justice. L’éditeur de logiciel HS2K avance plutôt le nombre de 5.000 adouls en exercice actuellement.